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Après avoir réduit sa dépendance aux approvisionnements énergétiques russes, l’UE s’est trouvée face à un choix qui va bien au-delà de la politique énergétique. Le vecteur méridional, et surtout le Maghreb, est de plus en plus considéré comme un élément de la nouvelle architecture énergétique européenne : l’Algérie peut rapidement apporter des volumes supplémentaires de gaz par gazoduc, tandis que le Maroc se positionne comme une plateforme pour la transformation « verte » et les futures chaînes de valeur énergétiques. Pourtant, l’enjeu principal ne concerne pas seulement l’approvisionnement, mais aussi l’impact politique : un partenariat énergétique peut devenir un pont vers la construction d’une « ceinture de stabilité » dans le voisinage méridional de l’UE — dont l’Europe dépend tout autant que de son voisinage oriental.
Cependant, sans cadre politique ni investissements ciblés, la coopération énergétique risque de rester une transaction circonstancielle plutôt que le fondement de relations stables. L’absence d’interconnexions, les défis de gouvernance du secteur, la question du Sahara occidental et la rivalité algéro-marocaine déterminent directement si l’UE peut transformer le vecteur méridional, simple « marché de ressources », en espace de partenariat et de stabilité.
Le vecteur méridional de la politique énergétique européenne est souvent décrit comme l’ancrage de diversification le plus « proche » et donc apparemment naturel, en particulier après la réduction des importations en provenance de Russie et dans la logique de REPowerEU. Le Maghreb paraît effectivement attrayant : proximité géographique, routes d’approvisionnement existantes vers les États membres méridionaux de l’UE, liens historiquement étroits et important potentiel d’investissement qui peut être « présenté » non seulement comme des accords énergétiques, mais comme un partenariat de développement plus large. Selon le rapport d’avancement REPowerEUde la Commission européenne, l’Algérie demeure un fournisseur de gaz majeur et fiable de l’UE, ce qui souligne l’importance persistante du vecteur méridional.
C’est pourtant précisément là que surgit le piège principal : le succès du vecteur méridional ne dépend pas seulement de la quantité de gaz ou de mégawatts que l’Algérie ou le Maroc peuvent offrir, mais de la capacité de l’UE à faire de l’énergie un instrument de politique étrangère maîtrisable, prévisible et extensible — autrement dit, un pont vers la stabilité plutôt qu’un outil provisoire pour « combler les pénuries ».
Premièrement, même avec une base de ressources et la volonté de fournir des volumes supplémentaires, l’Europe fait face à des contraintes d’infrastructure internes. L’exemple le plus clair est la capacité insuffisante des interconnexions entre l’Espagne et la France. La péninsule Ibérique a longtemps fonctionné comme une île énergétique — un goulet d’étranglement structurel auquel l’UE remédie désormais grâce à un investissement de 1,6 milliard d’EUR de la BEI dans l’interconnexion du golfe de Gascogne, qui doit faire passer la capacité d’échange de 2,8 GW à 5 GW. Dès lors, le vecteur méridional fonctionne souvent comme une solution pour certains États membres, sans devenir automatiquement une garantie systémique pour l’Union dans son ensemble. Cela signifie que toute discussion du Maghreb comme pilier de la nouvelle architecture énergétique européenne se heurte inévitablement à la logique du propre réseau de l’UE : diversifier les fournisseurs sans diversifier ni renforcer les « artères » internes ne procure pas tous les bénéfices stratégiques attendus.
Deuxièmement, le vecteur méridional ne peut être envisagé indépendamment de l’économie politique de la région. Contrairement à la conception technocratique d’un « marché de fournisseurs », le Maghreb est un espace où les infrastructures et les routes énergétiques peuvent devenir des éléments de compétition politique et de conflit diplomatique. La rivalité algéro-marocaine, la question du Sahara occidental et les soupçons réciproques transforment même des projets prometteurs en arrangements fragiles : ils dépendent non seulement du prix ou de la technologie, mais aussi de la température politique, de l’environnement sécuritaire, de la légitimité intérieure des décisions et des équilibres régionaux. Pour l’UE, cela crée un défi pratique : bâtir une « ceinture de stabilité » par l’énergie n’est possible que lorsque les arrangements énergétiques sont renforcés par un cadre de présence plus large — investissements, institutions et sécurité — et que les risques de conflit ne sont pas seulement reconnus, mais activement gérés.
Troisièmement, la politique énergétique européenne est façonnée simultanément par deux horizons temporels qui ne sont pas toujours faciles à concilier. À court terme, l’UE a besoin de volumes fiables non russes et de solutions relativement rapides pour stabiliser le marché de l’énergie. À long terme, la logique de la décarbonation prévaut : pacte vert, objectifs de neutralité climatique et transformation industrielle. Dans le contexte du Maghreb, cela signifie que les volets « gazier » et « vert » de l’agenda ne devraient pas être opposés. Si l’UE n’investit que dans des infrastructures de combustibles fossiles sans plan de compatibilité avec de futures chaînes de valeur bas carbone, elle risque de créer de nouvelles dépendances et des actifs échoués. Si, au contraire, elle ne mise que sur les technologies vertes, l’impact peut être trop lent pour répondre aux besoins actuels. C’est pourquoi la qualité des investissements et la conception des partenariats deviennent déterminantes : les solutions doivent à la fois renforcer la résilience énergétique « ici et maintenant » et préserver la possibilité d’une conversion technologique et d’une transition « plus tard ».
En définitive, le vecteur énergétique méridional est, pour l’UE, un test de sa capacité à combiner dans un même cadre stratégique sa politique d’infrastructures internes, sa présence d’investissement extérieure et sa politique de voisinage. C’est précisément pourquoi l’énergie peut devenir un pont vers des contacts stables et une « ceinture de stabilité » dans le voisinage méridional — mais seulement si l’UE considère le Maghreb non comme un substitut temporaire aux approvisionnements, mais comme un espace de partenariat à long terme, où stabilité et bénéfice mutuel exigent des investissements systémiques et un cadre politique.
Dans l’équation énergétique méridionale de l’UE, l’Algérie apparaît comme le partenaire le plus évident, car elle offre ce qui manque à l’Europe en période de turbulences : une proximité géographique relative, des routes de gazoducs existantes et la capacité de soutenir le système énergétique sans être constamment exposée à la concurrence mondiale pour les méthaniers de GNL et les goulets d’étranglement maritimes. C’est pourquoi, après 2022, l’axe algérien a été perçu non plus seulement comme une option parmi d’autres, mais comme un instrument pratique pour renforcer rapidement la résilience, en particulier pour les États membres méridionaux de l’UE. L’Italie et l’Algérie, par exemple, sont convenues d’augmenter l’approvisionnement en gaz à 9 bcm/an d’ici 2024 via le gazoduc TRANSMED. En ce sens, l’Algérie est la courte distance : elle peut produire un effet plus rapidement que tout grand projet vert nécessitant des années de préparation, de financement et de déploiement d’infrastructures.

Cependant, un partenariat stratégique avec l’Algérie ne peut se réduire à la logique selon laquelle « davantage de mètres cubes équivaut à davantage de sécurité ». La réalité est plus complexe, et c’est précisément dans cette complexité que résident les principales leçons pour l’UE. Premièrement, même lorsque l’Algérie a la capacité d’accroître ses approvisionnements, l’impact sur la situation énergétique européenne globale demeure inégal : le gaz entre en Europe par des routes spécifiques et renforce principalement les marchés physiquement plus proches ou mieux connectés. Sans interconnexions internes plus solides dans l’UE, l’Algérie ne devient pas un « fournisseur pour tous » ; elle reste d’une importance critique, mais surtout pour une partie de l’Union.
Deuxièmement, le secteur énergétique algérien a ses propres « limites internes » : des infrastructures vieillissantes, des contraintes réglementaires et un environnement d’investissement nationaliste qui dissuade les capitaux étrangers — autant de facteurs qui influent directement sur la capacité du pays à accroître durablement ses exportations. L’Italie, premier client de l’Algérie dans l’UE, a déjà vu la part algérienne de ses importations de gaz passer de 44 % en 2022 à 36 % en 2024. L’impact sur la situation énergétique européenne globale reste inégal : le gaz entre en Europe par des routes spécifiques et renforce principalement les marchés physiquement plus proches ou mieux connectés.
Le facteur de l’horizon temporel intervient également : l’UE raisonne en termes de transition, de décarbonation et d’une future économie de l’hydrogène, tandis que le modèle de revenus de l’Algérie reste largement lié aux hydrocarbures. Le plus récent Dialogue énergétique de haut niveau UE-Algérie (février 2026) a reflété cette tension : les discussions ont porté sur la coopération gazière, les énergies renouvelables et l’hydrogène, signalant que Bruxelles pousse à élargir la relation au-delà des combustibles fossiles. Il ne s’agit pas d’un conflit, mais d’une tension d’intérêts qu’il faut calibrer correctement afin que le partenariat ne se transforme pas en transaction temporaire.
Ainsi, pour l’UE, l’Algérie est à la fois une opportunité et un défi. L’opportunité tient à sa capacité d’aider l’Europe à amortir la période de transition. Le défi est que l’obtention d’un véritable bénéfice stratégique exige une qualité d’engagement différente : non seulement acheter une ressource, mais bâtir un cadre de confiance et de prévisibilité comprenant des investissements dans la modernisation du secteur, les infrastructures, des règles du jeu transparentes et l’alignement progressif du dialogue énergétique sur les objectifs de long terme de l’UE.
Dans la logique d’une « ceinture de stabilité », cela est particulièrement important : des approvisionnements stables émergent là où les conditions institutionnelles et économiques sont stables — et pas seulement là où se trouvent des gisements.
Si l’Algérie est, dans cette histoire, un partenaire pour la sécurité énergétique « d’aujourd’hui », le Maroc est davantage un partenaire de l’architecture « de demain ». Le pays ne possède pas de réserves comparables de gaz ou de pétrole ; il construit plutôt son rôle énergétique autour de la production renouvelable et de l’idée de transformer sa proximité géographique avec l’Europe en avantage économique. Le Partenariat vert UE-Maroc, signé en octobre 2022 et premier accord de ce type dans le cadre du volet extérieur du Pacte vert européen, a établi un dialogue politique sur le climat, l’énergie et l’économie verte, incluant explicitement le développement de l’économie de l’hydrogène. Pour l’UE, cela ouvre un type d’engagement différent : non pas une substitution rapide d’approvisionnement, mais un partenariat d’investissement capable de créer de nouvelles chaînes de valeur.
Les ambitions du Maroc dans cet espace sont considérables. En mars 2024, le gouvernement a lancé le programme d’investissement Morocco Offer, allouant 300 000 hectares à des projets d’énergies renouvelables et d’hydrogène vert d’une valeur approximative de 32,5 milliards de dollars, axés sur l’ammoniac vert, les e-carburants et l’acier vert. En mars 2025, cinq consortiums d’investisseurs avaient été présélectionnés pour la première phase. Le pays vise à porter la part des renouvelables à 52 % de la capacité installée totale d’ici 2030. L’Allemagne, les Pays-Bas et d’autres partenaires européens ont déjà signé des plans d’action bilatéraux et des protocoles d’accord soutenant l’hydrogène, les infrastructures portuaires et les corridors de transport maritime vert.

C’est précisément ici que l’énergie fonctionne le mieux comme un « pont ». L’axe marocain permet à l’UE de relier ses intérêts énergétiques à la logique plus large de la politique européenne de voisinage : développement, infrastructures, coopération technologique, emploi et renforcement de la résilience des partenaires. Dans une perspective plus large, cela s’inscrit dans l’idée européenne d’une stabilité par le développement, où un partenaire ne se contente pas de fournir une ressource, mais devient un acteur d’une transformation commune. Il convient toutefois de noter que à partir de 2026, l’électricité relèvera du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) de l’UE, ce qui déplace le pouvoir de négociation vers Bruxelles et renforce l’urgence de la décarbonation pour les producteurs marocains.
Cependant, le potentiel du Maroc n’existe pas dans le vide. Il se heurte aux risques politiques et aux tensions régionales, en particulier autour du Sahara occidental, ainsi qu’au besoin de grands investissements de long terme exigeant un haut niveau de prévisibilité et de confiance.
Il importe de le souligner pour éviter les illusions : l’agenda « vert » au Sud peut devenir une réussite pour l’UE, mais il n’est ni automatique ni une solution rapide. C’est pourquoi le Maroc doit être présenté ici non comme une alternative à l’Algérie, mais comme une autre couche de la même stratégie : l’Algérie peut renforcer la résilience à court terme, tandis que le Maroc peut aider l’Europe à investir dans un futur modèle énergétique et, plus largement, dans la stabilité à long terme du voisinage méridional.
Au moment où l’UE tente de bâtir une « ceinture de stabilité » à long terme en Afrique du Nord, l’élément le plus difficile de cette construction n’est pas le manque de ressources, ni même le manque d’argent, mais la géométrie politique de la région. Depuis 2021, lorsque l’Algérie a rompu ses relations diplomatiques avec le Maroc, les deux voisins sont plongés dans une crise profonde. Selon l’ International Crisis Group, les incidents au Sahara occidental risquent d’amener les deux pays à s’affronter, et les soupçons réciproques se sont considérablement durcis.
L’Algérie et le Maroc apparaissent souvent à Bruxelles comme deux axes de coopération distincts — chacun important, prometteur et doté de ses propres intérêts et formats de dialogue avec l’UE. En pratique, toutefois, ces axes se croisent : la rivalité entre les deux pays signifie que l’énergie y reste presque jamais de la « pure économie ». Elle devient rapidement un langage de signalement politique, un instrument de concurrence pour l’influence et un levier de pression. Les deux pays se sont mis à utiliser l’énergie et le commerce comme des outils au service de leurs ambitions stratégiques — l’Algérie par son levier gazier sur l’Italie et l’Allemagne, le Maroc par le projet de gazoduc nigérian et des partenariats avec le Golfe. C’est pourquoi toute stratégie européenne qui ignore ce contexte risque de ne fonctionner que tant que la région connaît une forme de « beau temps ».
Le nœud central de cette rivalité est la question du Sahara occidental et le soutien associé de l’Algérie au Front Polisario. La manifestation énergétique la plus marquante de ce conflit a été la décision de l’Algérie, en 2021, d’arrêter les exportations de gaz via le gazoduc Maghreb-Europe traversant le territoire marocain. Comme le relève une analyse récente du German Marshall Fund , la rivalité de l’Algérie avec le Maroc façonne directement sa diplomatie énergétique et limite la capacité de l’UE à traiter le corridor septentrional comme une zone d’approvisionnement cohérente, la complexité géopolitique étant encore aggravée par la dépendance algérienne aux armes de Moscou.
Pour le Maroc, il s’agit d’une question d’intégrité territoriale et de légitimité intérieure — donc d’une ligne rouge qui structure toute la logique de sa politique étrangère. Pour l’Algérie, le soutien au Polisario n’est pas seulement un élément de la politique régionale, mais aussi une manière de préserver son rôle dans l’équilibre des forces au Maghreb. Il en résulte qu’un conflit qui peut, à première vue, sembler « distinct » de l’énergie s’insère dans les routes énergétiques, les perspectives de grands projets d’infrastructure et le niveau général de confiance. Et c’est là que l’UE doit comprendre que même les meilleurs projets techniques peuvent perdre leur sens s’ils ne correspondent pas à la réalité politique de la région.

C’est précisément pourquoi la coopération énergétique de l’UE avec le Maghreb est vulnérable à de fortes fluctuations. Une dégradation des relations diplomatiques ou une escalade de la rhétorique peut suffire à mettre sous pression l’approvisionnement, le transit ou la coordination. Pour l’Europe, cela signifie qu’un pari sur le vecteur méridional ne peut pas reposer exclusivement sur des « accords bilatéraux ». Si l’UE veut que l’énergie serve de pont vers des contacts stables, elle a besoin au minimum de mécanismes qui réduisent le risque d’un « effet domino », dans lequel les tensions entre l’Algérie et le Maroc déstabilisent le tableau régional plus large.
Ici, un parallèle prudent avec le voisinage oriental est pertinent : à l’Est comme au Sud, l’UE est confrontée à la réalité selon laquelle les grands conflits politiques peuvent remodeler les décisions en matière d’énergie et d’infrastructures. La différence est que, dans le Maghreb, l’Europe dispose encore de davantage d’espace pour un « agenda positif » — investissements, développement, coopération technologique, projets d’infrastructure à long terme — et c’est précisément cet espace qui peut servir de garantie. Mais la logique sous-jacente est la même : si l’UE n’intègre pas les risques politiques dans la conception de ses partenariats énergétiques, elle se condamne à une gestion réactive des crises, où chaque escalade exigera de « combattre l’incendie » plutôt qu’une progression constante vers la résilience de long terme.
Construire une ceinture de stabilité par l’énergie est possible, mais seulement si l’Europe comprend que la stabilité des routes et celle de la région sont interconnectées, et que l’investissement sans cadre politique peut parfois ne faire qu’augmenter le coût des crises futures.
Lorsque l’UE parle de l’Afrique du Nord comme d’un élément d’une nouvelle architecture énergétique européenne, la question clé n’est pas « faut-il coopérer ? », mais « comment ? » — selon quelle logique, avec quels instruments et sur quel horizon temporel. En pratique, l’Union dispose d’au moins trois trajectoires distinctes, qui répondent chacune différemment au dilemme entre une assurance énergétique rapide et l’ambition de long terme de faire de l’énergie un pont vers la stabilité dans le voisinage méridional.
L’option la plus simple consiste à poursuivre des axes bilatéraux parallèles: approfondir séparément la coopération avec l’Algérie et le Maroc, sans passer à des formats plus complexes dans lesquels l’UE devrait agir comme modérateur ou médiateur entre deux concurrents. Ce modèle est attrayant par sa « légèreté » politique : il permet à l’UE d’éviter les sujets qui deviennent rapidement toxiques et de se concentrer sur les questions pratiques — contrats, accords d’investissement et projets ciblés. Sa limite est toutefois évidente : une approche bilatérale ne supprime pas la fragilité régionale ; elle apprend simplement à l’UE à vivre avec elle. Elle peut fonctionner pendant les périodes de calme relatif, mais lorsque la rivalité s’intensifie ou que la confiance s’érode, l’énergie est de nouveau menacée et l’Europe paie en réalité l’absence de garanties systémiques.
La deuxième option — et celle qui correspond le mieux à l’idée d’une « ceinture de stabilité » — consiste à traiter les infrastructures et l’investissement comme une forme de stratégie plutôt que comme une collection de projets individuels. Dans cette approche, l’UE reconnaît que la diversification ne fonctionne que lorsque le réseau interne de l’Europe peut distribuer la ressource et que les pays partenaires disposent de la capacité institutionnelle et réglementaire nécessaire pour être des fournisseurs ou plateformes de production prévisibles.
Cela signifie investir non seulement « là-bas », au Maghreb, mais aussi « ici », au cœur de l’Europe : dans les connexions, la flexibilité du système, les interconnexions et la modernisation des réseaux. Parallèlement, il s’agit d’investir dans les secteurs énergétiques des partenaires de manière à renforcer non seulement les volumes d’approvisionnement ou les mégawatts produits, mais une résilience plus large : gouvernance, règles du jeu transparentes, développement des infrastructures et effets socio-économiques. C’est ainsi que l’énergie peut fonctionner comme un pont : elle donne à l’UE une base concrète pour un partenariat de plus long terme, dans lequel la stabilité se construit par le développement et l’interdépendance, et non seulement par des achats en temps de crise.
La troisième option est un pari technologique vert, l’UE se concentrant principalement sur la coopération avec le Maroc en tant que future plateforme pour les énergies renouvelables, l’hydrogène vert et les produits dérivés. Cette approche correspond le mieux à la logique climatique de l’UE et peut créer une intégration plus profonde dans les futures chaînes de valeur. Mais elle a deux contraintes naturelles : le temps et le coût. Les projets verts ont rarement un impact rapide ; ils exigent de longs cycles d’investissement, des infrastructures, des cadres réglementaires et, surtout, un environnement politique stable. Par conséquent, un « pari vert » peut constituer un élément fort du jeu à long terme, mais il ne peut pas remplacer entièrement les solutions de court terme par lesquelles l’UE cherche à renforcer rapidement sa résilience énergétique.
En pratique, ces trois ensembles ne s’excluent pas nécessairement : l’UE peut les combiner, mais il est important de ne pas perdre l’ossature stratégique. Si l’objectif n’est pas seulement la diversification physique des approvisionnements, mais la création d’une ceinture de stabilité méridionale, alors l’énergie doit devenir un « principe organisateur » d’un partenariat plus large, fondé sur une compréhension claire des propres contraintes d’infrastructure de l’Europe, des risques politiques régionaux du Maghreb et du long arc de la transition verte. Ce lien — ressources, investissements, institutions et stabilité — est ce qui peut transformer le vecteur méridional en ancrage de long terme plutôt qu’en réponse circonstancielle à la prochaine crise.
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