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Le 19 octobre 2024, un objet volant non identifié a été repéré au-dessus de la Roumanie. La même nuit, l’Ukraine a subi une nouvelle attaque russe : Moscou a lancé environ 98 drones et six missiles dans le but d’affaiblir les infrastructures critiques de Kyiv. Cet incident est survenu un jour seulement après un événement similaire, le 18 octobre, lorsque des cibles ont été détectées dans l’espace aérien roumain lors d’une autre attaque russe. Même si les objets tendent à disparaître des radars avant que les forces roumaines puissent en déterminer l’origine, les événements de la guerre russo-ukrainienne, à une frontière de là, suggèrent qu’ils appartiennent très probablement à Moscou.
Ce n’est là qu’un exemple parmi tant d’autres, pour la Roumanie comme pour les autres États membres de l’OTAN. Des objets volants suspects ont été aperçus au-dessus de l’Allemagne, un appareil aérien présenté comme russe s’est écrasé en Lettonie, et deux hélicoptères biélorusses ont violé l’espace aérien polonais. Même si nombre de ces incidents sont écartés comme « non intentionnels », ils constituent un signal d’alarme : la menace russe contre l’OTAN pourrait être plus grave qu’on ne le pense généralement.
La lutte contre les menaces à la sécurité est une pierre angulaire de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord, dont le traité fondateur prévoit un mécanisme à cette fin : l’article 5. Toutefois, compte tenu des rares fois où il a été invoqué et des craintes d’une escalade de la guerre russo-ukrainienne, on ignore encore s’il serait déclenché si le conflit franchissait les frontières ukrainiennes — et même si les membres de l’OTAN estiment qu’il devrait l’être. De plus, à une époque où les menaces hybrides remettent de plus en plus en cause les paradigmes traditionnels de sécurité, des questions se posent sur la capacité de l’OTAN à y faire face. Cet article vise à analyser ce qu’implique exactement l’article 5, dans quels cas il peut s’appliquer, s’il suffit à répondre efficacement aux menaces hybrides et comment les États membres envisagent la possibilité d’invoquer ce mécanisme contre Moscou.
Il serait erroné d’affirmer que la guerre russo-ukrainienne est strictement confinée aux frontières de l’Ukraine. Bien qu’aucune attaque armée directe contre le territoire de l’OTAN n’ait eu lieu, un rapport du personnel de la Commission d’Helsinki des États-Unis suggère que la Russie mène depuis 2022 une « guerre de l’ombre clandestine » contre l’Alliance.
En mai 2022, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a affirmé que l’OTAN menait une « guerre hybride totale » contre la Russie, comparant manifestement le soutien indéfectible à l’Ukraine et les sanctions contre la Russie à des opérations de guerre hybride. Moscou a de toute évidence décidé de répondre à cette prétendue « guerre hybride totale » par une véritable guerre hybride de son cru dans l’ensemble de l’espace euro-atlantique (voir figure 1).

Le rapport indique que de nombreuses opérations contre des États membres de l’OTAN ont été attribuées à la Russie depuis 2022. Environ un tiers d’entre elles étaient des campagnes électorales et informationnelles, et un autre tiers des attaques contre des infrastructures critiques. Une opération sur dix était une campagne de migration instrumentalisée (c’est-à-dire une crise frontalière artificielle), et une sur cinq une campagne de violence (c’est-à-dire des actes de vandalisme ou de terrorisme) (voir figure 2). Les attaques vont de graffitis antisémites en France et de perturbations des signaux GPS depuis Kaliningrad à une attaque par rançongiciel ayant perturbé des milliers de pharmacies aux États-Unis, en passant par une tentative d’agents russes ou biélorusses de faire exploser une usine de peinture dans le sud-ouest de la Pologne.

La Russie est également soupçonnée d’être à l’origine de graves campagnes de sabotage. Parmi elles figurent un incendie dans une usine berlinoise du fabricant de défense allemand Diehl, en juin 2024, et un incendie dans l’un des plus grands centres commerciaux de Varsovie, en mai 2024. En outre, en novembre 2024, le câble de communication entre la Lituanie et la Suède a été endommagé, réduisant d’un tiers la bande passante internet dans la région. Parallèlement, la transmission de données entre la Finlande et l’Allemagne a été complètement interrompue à la suite d’une rupture de câble similaire. Ce câble était la seule liaison directe de ce type entre la Finlande et l’Europe centrale ; il longeait d’autres infrastructures sous-marines critiques, dont des gazoducs et des câbles électriques. Les deux incidents se sont produits quelques semaines seulement après que les États-Unis ont signalé une intensification de l’activité militaire russe autour de grands câbles sous-marins.
Outre les menaces non conventionnelles, la Russie (et, parfois, la Biélorussie) est également soupçonnée de violer directement l’espace aérien d’États membres de l’OTAN. Parmi les cas relevés figurent les incidents susmentionnés en Roumanie — où des objets volants non seulement non identifiés, mais aussi identifiés comme russes, ont pénétré dans l’espace aérien, notamment les débris d’un drone qui se sont écrasés dans le județ de Tulcea —, en Allemagne et en Lettonie. D’autres événements plus suspects peuvent être cités, tels que l’incident survenu en septembre 2024 à l’aéroport Stockholm-Arlanda, en Suède. Des drones non identifiés ont perturbé le fonctionnement de l’aéroport, ce qui a contraint les avions qui y étaient dirigés à modifier leur trajectoire et à atterrir dans d’autres aéroports. La police suédoise a indiqué que cet acte pouvait avoir été intentionnel, bien qu’elle « ne puisse en déterminer l’objectif ». La Suède n’a pas pu identifier l’objet volant auquel elle avait affaire, ce qui compliquait l’adoption de mesures concrètes. Toutefois, les services spéciaux allemands soupçonnent que les drones étaient des modèles russes Orlan-10, et la Lettonie est allée jusqu’à identifier l’objet présent dans son espace aérien comme un drone de type Shahed 136.
Et, comme si cela ne suffisait pas, les incidents vont encore plus loin. En mars 2022, un drone de l’ère soviétique — qui s’est révélé par la suite être un avion de reconnaissance TU-141 — chargé d’explosifs a survolé la Roumanie et la Hongrie sans réaction des forces locales, avant de s’écraser en Croatie. Il n’a jamais été confirmé que l’appareil était russe. Selon les enquêteurs, une étoile rouge figurait sur son aile, peinte en bleu et jaune, les couleurs du drapeau ukrainien. Plusieurs mois plus tard, en décembre 2022, les autorités croates, roumaines et hongroises ont affirmé savoir qui avait lancé ce drone, mais l’information a été classée secret d’État.
Moscou ne mène pas seulement de telles provocations de manière clandestine. Dernièrement, elle a formulé des menaces explicites envers l’OTAN. Le 16 décembre 2024, le ministre russe de la Défense, Andreï Belooussov, a déclaré lors d’une réunion conjointe du ministère de la Défense avec le président Vladimir Poutine que «le ministère russe de la Défense doit être prêt à toute évolution de la situation, y compris à un éventuel conflit militaire avec l’OTAN en Europe au cours de la prochaine décennie.’ Lors de la même réunion, Poutine a affirmé que les États-Unis, avec leurs «armes et leur argent » qu’ils utilisent pour «soutenir à bout de bras le régime dirigeant de facto illégitime à Kyiv », conduisent la Russie « à la ligne rouge au-delà de laquelle nous [la Russie] ne pouvons plus reculer.’

La Russie n’a peut-être pas lancé explicitement d’attaque armée contre le territoire ou les forces de pays de l’OTAN. C’est une décision habile : après tout, il est difficile de déterminer si ces provocations relèvent directement de l’article 5. Toutefois, l’ampleur et la diversité des incidents sont telles que le danger qu’ils impliquent ne peut être écarté. Avec ces activités de sabotage, la Russie semble tester l’OTAN. Et malheureusement, tant que Moscou n’obtiendra pas une réponse ferme et résolue, elle pourrait y voir le feu vert pour aller encore plus loin. À l’heure actuelle, ses opérations visent peut-être à semer la confusion et à montrer jusqu’où peuvent s’étendre son pouvoir et son influence. Mais, à terme, une fois assurée qu’aucune résistance ne s’oppose à elle, elle pourrait attaquer l’OTAN de manière plus directe.
L’article 5 est célèbre pour son ambiguïté, qui trouve son origine dans le texte même du traité. La partie la plus connue de l’article se lit ainsi : «Les Parties conviennent qu’une attaque armée contre l’une ou plusieurs d’entre elles survenant en Europe ou en Amérique du Nord sera considérée comme une attaque dirigée contre toutes les Parties…». Toutefois, la partie la plus importante vient ensuite : « …et qu’en conséquence, si une telle attaque armée se produit, chacune d’elles, dans l’exercice du droit de légitime défense individuelle ou collective reconnu par l’article 51 de la Charte des Nations unies, assistera la ou les Parties ainsi attaquées en prenant aussitôt, individuellement et de concert avec les autres Parties, toute mesure qu’elle jugera nécessaire, y compris l’emploi de la force armée, pour rétablir et assurer la sécurité dans la région de l’Atlantique Nord ». Ainsi, l’article 5 n’exige d’aucun État membre qu’il déploie ses forces armées et riposte immédiatement. Les États sont seulement tenus d’« assister » la ou les Parties attaquées. Il appartient aux États membres de déterminer en quoi doit consister cette assistance ; et comme le traité n’en fournit pas de liste précise, elle pourrait se limiter à l’imposition de sanctions économiques contre l’agresseur.
Une telle imprécision a été délibérément inscrite dans le traité fondateur. Lorsque les négociateurs ont discuté le texte du document en 1948-1949, les États-Unis hésitaient à souscrire à des obligations militaires. À l’époque, de nombreux Américains soutenaient encore l’isolationnisme, c’est-à-dire la non-ingérence dans les affaires européennes.
De plus, l’article 6 apporte des précisions sur l’article 5. Ilénonce, «Aux fins de l’application de l’article 5, est considérée comme une attaque armée contre une ou plusieurs des Partiescomme comprenantune attaque armée :
Par conséquent, le mécanisme de défense collective n’est déclenché que lorsqu’une attaque armée a été menée précisément contre le territoire de l’un des États membres ou contre ses forces, navires ou aéronefs. À la lumière de cette formulation, le simple fait que des drones russes violent l’espace aérien des États membres ne relève d’aucune de ces catégories.
Il convient également de mentionner l’article 4, qui stipule que « Les Parties se consulteront chaque fois que, de l’avis de l’une d’elles, l’intégrité territoriale, l’indépendance politique ou la sécurité de l’une des Parties sera menacée. » En substance, il donne à tout État membre le droit d’invoquer officiellement cet article en portant à la discussion toute question de sécurité qu’il juge préoccupante, afin d’encourager les autres parties à se consulter.
Contrairement à l’article 5, l’article 4 n’implique aucun engagement autre que la nécessité de participer aux discussions. C’est peut-être pourquoi il a déjà été déclenché à sept reprises depuis le début du XXIe siècle. Cinq de ces cas concernaient la Türkiye, l’un a été initié par la Pologne en 2014 à la suite du déclenchement de la guerre de la Russie contre l’Ukraine, et un autre a résulté d’une demande conjointe de la Bulgarie, de la Tchéquie, de l’Estonie, de la Lettonie, de la Lituanie, de la Pologne, de la Roumanie et de la Slovaquie le 24 février 2022, préoccupées par l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie.
Dans deux cas concernant la Türkiye, les consultations se sont conclues par l’accord de l’OTAN sur certaines mesures défensives, à savoir l’opération Display Deterrence en 2003 et le déploiement de missiles Patriot en 2012. Fait intéressant, le cas de 2003 était motivé par la guerre dans l’Irak voisin, et celui de 2012 par la mort de cinq habitants turcs dans la ville frontalière d’Akçakale, touchée par des obus syriens.
Cela laisse entendre que l’article 4 est encore plus ambigu que l’article 5. Par conséquent, beaucoup dépend ici de la volonté politique des États membres et de leur interprétation de ce qu’est une menace pour la sécurité. Après un incident assez similaire survenu en Pologne en novembre 2022, le président polonais de l’époque, Andrzej Duda, a exclu la possibilité d’invoquer l’article 4. Cette position a été renforcée par les résultats de l’enquête, indiquant que le missile qui avait tué deux habitants polonais n’appartenait pas à la Russie mais à la défense aérienne ukrainienne. « Il n’y a absolument rien qui permette de penser qu’il s’agissait d’une attaque intentionnelle contre la Pologne », a ajouté Duda.
Entre-temps, l’article 5 n’a été invoqué qu’une seule fois. La demande en ce sens a été formulée à l’unanimité moins de 24 heures après les attentats terroristes perpétrés contre les États-Unis par Al-Qaïda le 11 septembre 2001. L’OTAN n’a pas pris de décision immédiatement. Elle a d’abord attendu de déterminer que les attaques venaient de l’étranger et relevaient de l’article 5.
En octobre, une fois l’enquête terminée et le mécanisme déclenché, l’OTAN a adopté un ensemble de mesures défensives comprenant deux opérations militaires. Toutefois, un examen plus attentif de ce cas illustre bien l’absence d’obligations substantielles au titre de l’article 5. Premièrement, dans le cadre de l’opération Eagle Assist, un équipage de 830 personnes était composé de personnels issus de 13 pays de l’OTAN, alors que l’Alliance comptait au total 19 États membres en 2001. Certains États membres n’ont donc pas envoyé de forces — et n’y étaient pas obligés. Il importe ensuite de considérer que la seule fois où le mécanisme de défense collective a été invoqué, c’était lorsque son membre le plus puissant et le plus influent était en danger. Cela suggère qu’une démarche d’une telle ampleur est largement politique et ne peut donc avoir lieu que si elle correspond aux intérêts nationaux des pays de l’Alliance.

Depuis 2014, l’OTAN reconnaît la Russie comme une menace principale pour sa sécurité, ce qui marque un changement radical par rapport à son concept stratégique de 2010, qui mettait l’accent sur la coopération avec Moscou. Ce changement a été provoqué par l’annexion de la Crimée par la Russie et sa guerre d’agression contre l’Ukraine. Le concept stratégique de 2022 qualifie la Russie de « menace la plus importante et la plus directe » pour la sécurité euro-atlantique, en soulignant son recours à des tactiques conventionnelles, cybernétiques et hybrides, ainsi que son mépris des accords internationaux. Malgré cela, l’OTAN réaffirme son engagement à maintenir des canaux de communication ouverts avec la Russie afin de gérer les risques, d’empêcher l’escalade et d’accroître la transparence.
On ignore à quels « canaux de communication » le concept fait référence. Il pourrait s’agir de négociations et de traités de paix, mais le problème est que la Russie a jusqu’à présent violé la plupart des traités internationaux qu’elle a signés. En particulier, les accords de Minsk ont été négligés par Moscou lorsqu’il a bombardé à plusieurs reprises les régions de Donetsk et de Luhansk : en 2015, ils avaient déjà été violés plus de 4000 fois. Les Conventions de Genève ont été bafouées lorsque les forces armées russes ont commis d’innombrables crimes de guerre dans la guerre contre l’Ukraine. En 2008, lorsque le cessez-le-feu de la guerre contre la Géorgie a été négocié, la Russie a promis de retirer ses forces vers leurs positions d’avant-guerre, mais n’a pas tenu cette promesse. Cette tendance laisse peu de place à l’optimisme quant au maintien de canaux de communication ouverts avec Moscou.
D’autre part, comme la guerre russo-ukrainienne ne s’est pas arrêtée après deux ans et demi, la rhétorique des dirigeants de l’OTAN est devenue de moins en moins optimiste. En décembre 2024, le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte,a déclaréqu’il était temps de «passer à un état d’esprit de guerre », car Moscou «se préparait à une confrontation de longue durée avec l’Ukraine et avec nous », et les États membres «ne sont pas prêts à ce qui les attend dans quatre à cinq ans. » Par cet avertissement, il voulait souligner que l’Alliance devait augmenter considérablement ses dépenses de défense, car même le seuil de 2 % ne suffit pas. À ce jour, huit pays — la Croatie, le Portugal, l’Italie, le Canada, la Belgique, le Luxembourg, la Slovénie et l’Espagne — n’ont même pas atteint cet objectif (voir figure 3).

En juin 2024, le ministre allemand de la Défense, Boris Pistorius, est allé jusqu’à reconnaître la perspective d’une attaque russe contre l’OTAN. Il a observé qu’une attaque russe n’était pas probable «pour l’instant», mais que les experts «prévoient une période de cinq à huit ans durant laquelle cela pourrait devenir possible». Il a rappelé que le scénario de 2022 semblait auparavant impossible pour l’Occident, mais que «la Russie défie la logique’ — ils «doivent être prêts à tout scénario. »
Enfin, en novembre 2024, le chef du Service fédéral de renseignement allemand, Bruno Kahl, a pris la parole lors d’un événement organisé par le groupe de réflexion DGAP à Berlin et a déclaré que la Russie allait probablement intensifier ses opérations hybrides et considérait que l’invocation de l’article 5 en réponse était une possibilité. Il a expliqué : «Le recours massif de la Russie à des mesures hybrides accroît le risque que l’OTAN envisage finalement d’invoquer sa clause de défense mutuelle, l’article 5. Dans le même temps, le renforcement croissant du potentiel militaire russe fait d’une confrontation militaire directe avec l’OTAN l’une des options possibles pour le Kremlin. »
Selon lui, si la Russie attaquait un ou plusieurs pays de l’OTAN, il serait peu probable qu’elle occupe un vaste territoire ; il estimait plutôt qu’elle testerait les lignes rouges fixées par l’Occident. C’est essentiellement ce que la Russie a fait jusqu’à présent et ce à quoi l’Occident a répondu avec prudence : l’article 5 serait-il donc réellement invoqué en cas d’attaque directe, ouverte et armée ? Le chef du renseignement a affirmé que de hauts responsables du ministère russe de la Défense en doutaient. Cela devrait alarmer l’Alliance : si elle ne renforce pas sa défense et ne fait pas preuve de résilience dès maintenant, la Russie continuera d’affaiblir davantage la sécurité euro-atlantique.
La crainte d’une possible attaque russe contre l’OTAN s’est également répandue parmi d’autres responsables. En janvier 2024, le chef de la défense suédoise, Michael Byden, a déclaré que tous les Suédois devaient se préparer mentalement à un conflit. Au Royaume-Uni, le chef de l’armée de l’époque, le général Patrick Sanders, a exhorté les citoyens britanniques à se préparer à un niveau de mobilisation inédit depuis la Seconde Guerre mondiale, même s’il a ensuite été critiqué par son supérieur pour cette affirmation audacieuse. En Allemagne, des responsables estimaient que Moscou pourrait lancer des missiles contre des pays de l’OTAN. C’est pourquoi l’OTAN a appelé les Alliés à relier la planification militaire et la planification civile. L’amiral Rob Bauer de la Marine royale néerlandaise, président du Comité militaire de l’OTAN, a expliqué, « Les institutions financières ont un rôle à jouer. L’industrie a un rôle à jouer. Nous avons besoin, dans nos pays, des infrastructures adéquates pour transporter le matériel militaire par les routes et les ponts. Un pont doit pouvoir supporter un char. » L’OTAN devra en outre résoudre le problème de l’engorgement des routes et des réseaux de transport en cas de guerre, si des tonnes de personnes se déplacent vers l’ouest tandis que les chars et les trains logistiques se dirigent vers l’est.
Dans le contexte des drones russes violant l’espace aérien de l’OTAN, le général James Hecker, commandant des forces aériennes des États-Unis en Europe et du Commandement aérien allié de l’OTAN, a souligné la nécessité de meilleurs systèmes de défense aérienne et antimissile : selon lui, de telles intrusions seront plus nombreuses à l’avenir. Néanmoins, jusqu’à présent, la réaction des États membres aux innombrables violations de l’espace aérien a fortement contrasté avec les appels susmentionnés à renforcer la sécurité face à la menace russe.
Pas une seule fois les victimes de ces violations n’ont reconnu ouvertement que les incidents étaient intentionnels. L’État responsable de l’écrasement du drone en Croatie en avril 2022 a été dissimulé. L’incident d’août 2023, au cours duquel des hélicoptères biélorusses ont survolé la Pologne, n’a pas non plus suffi à Matthew Miller, porte-parole du département d’État des États-Unis, pour affirmer que l’Alliance était prête à invoquer l’article 5. Même la Lettonie, bien qu’elle ait révélé ouvertement que le drone présent dans son espace aérien était russe, a officiellement minimisé l’événement. Le ministre de la Défense a déclaré qu’il ne pouvait être considéré comme une « escalade militaire ouverte » et a assuré que la Lettonie n’était pas la cible visée par le drone.
La Roumanie, en revanche, s’est peut-être montrée plus déterminée : elle a signalé les incidents comme des violations du droit international. En octobre 2024, elle a rapidement fait décoller deux avions de chasse F-16 et deux F-18 espagnols utilisés pour des missions de police aérienne. Rutte a appelé la Roumanie à « répondre rapidement et efficacement » aux violations de son espace aérien, soulignant que la défense aérienne restait une priorité pour l’Alliance. À une occasion, le drone Shahed qui survolait la Roumanie a même été poursuivi par des avions de chasse de l’OTAN.

Dans un premier temps, les autorités roumaines ont indiqué qu’elles ne pouvaient pas abattre directement les drones, la loi roumaine l’interdisant. La promesse d’un changement est arrivée en décembre 2024, lorsque Bucarest a approuvé deux projets de loi établissant des protocoles pour traiter les objets étrangers entrant dans son espace aérien en temps de paix et les abattre. Ils doivent toutefois encore être votés par le Parlement et promulgués par le président pour entrer en vigueur.
Ces derniers temps, la Pologne a elle aussi fait preuve de plus de fermeté envers la Russie. Même si Miller a écarté la possibilité d’invoquer l’article 5 après l’incident des hélicoptères biélorusses, le ministre polonais de la Défense nationale, Mariusz Błaszczak, a demandé un renforcement de la présence de troupes à la frontière, ainsi que le déploiement de forces et d’équipements supplémentaires, tels que des hélicoptères d’attaque. En octobre 2024, le général polonais a fait une déclaration très audacieuse en affirmant que, si des troupes russes envahissaient la Lituanie, les Alliés frapperaient, dès la « première minute », tous les actifs stratégiques russes situés dans un rayon de 300 kilomètres. Il a déclaré qu’ilsfrapperaient directement Saint-Pétersbourg.’
Il apparaît que l’OTAN, bien qu’elle ait déclaré dans le concept stratégique de 2022 qu’elle continuerait de répondre aux menaces russes, n’a même pas commencé à le faire. Presque tous les incidents de violation de l’espace aérien ont été officiellement déclarés accidentels, peut-être dans l’illusion que cela aiderait à éviter l’escalade. Pourtant, en niant activement la pertinence de l’article 5, l’OTAN passe à côté de l’essentiel.
La question de savoir si les drones russes pénètrent intentionnellement dans l’espace aérien des Alliés ne doit pas être leur principale préoccupation : ce sont les vies humaines qui doivent l’être. Les cas de la Croatie et de la Pologne ont clairement montré avec quelle facilité la guerre peut franchir les frontières et faire des victimes parmi ceux qui n’y participent pas officiellement. Le fait que des drones russes continuent de voler au-dessus de la tête des responsables de l’OTAN, même après qu’ils ont assuré à tous que la Pologne, la Lettonie ou tout autre État n’était pas une cible, prouve que Moscou ne peut être arrêté par l’apaisement. Aujourd’hui, les activités de « sabotage » et « hybrides » ne visent peut-être que des installations précises ; demain, elles pourraient faire des morts parmi la population locale. On ignore comment leurs habitants resteront en sécurité si l’inaction actuelle se poursuit.
Compte tenu de la stratégie habile qui consiste à mener ces opérations clandestinement, si la Russie lance une attaque armée contre l’OTAN, elle sera tout aussi subtile. Dans ce cas, au vu de la rhétorique des hauts responsables jusqu’à présent, il est très peu probable que l’OTAN, en tant qu’Alliance, invoque l’article 5. Après l’investiture de Trump à la présidence des États-Unis en janvier, ces chances diminueront encore. Jusqu’à présent, les Républicains se sont montrés bien plus ambivalents à cet égard que Biden. Étant donné que les États-Unis sont indéniablement un chef de file de l’Alliance, une telle rhétorique ambiguë et cette réticence à participer activement à la défense de l’Europe laissent penser que la perspective d’invoquer l’article 5 sera encore plus lointaine qu’auparavant.
En revanche, les réactions individuelles suggèrent que les États voisins de l’Ukraine pourraient répondre eux-mêmes à des attaques armées si celles-ci visaient leur territoire. La Pologne, en particulier, consacre environ 4 % de son PIB à la défense, tandis que la Roumanie prend actuellement des mesures pour pouvoir abattre des drones russes. La question demeure néanmoins : jusqu’où seront-ils prêts à aller ? Se défendront-ils contre les attaques russes strictement sur leur territoire ou riposteront-ils contre la Russie, comme l’a déclaré le général polonais ? Compte tenu de la lenteur avec laquelle les États-Unis ont approuvé l’autorisation donnée à l’Ukraine de frapper des cibles sur le sol russe, obtenir l’autorisation de frapper « directement Saint-Pétersbourg » avec des armes de l’OTAN pourrait être encore plus compliqué.
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Ce texte a été traduit automatiquement à partir de l’original anglais, qui reste accessible en passant le site en anglais.