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L’énergie de guerre de l’Ukraine : destruction, gouvernance et pivot européen

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Par Dana Hunda
5 mars 2026

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Points clés

  • Les frappes russes contre les infrastructures énergétiques de l’Ukraine ont transformé l’électricité en un outil de coercition, en les synchronisant pour accroître la pression sur la société, l’économie et la position de négociation de Kyiv.
  • Un schéma de « marchandage sur les infrastructures » se dessine : des attaques soutenues contre la production et les réseaux électriques augmentent le coût perçu de la résistance et servent à façonner le contexte dans lequel se déroulent les négociations diplomatiques.
  • La centrale nucléaire de Zaporijjia est devenue un pion de négociation à haut risque, où l’occupation, la dégradation de la sûreté et les propositions de redémarrage ou de partage de l’électricité brouillent les frontières entre sécurité, levier et légitimité.
  • Le scandale de corruption d’Energoatom montre que la sécurité énergétique est aussi une question de gouvernance et de confiance, les marchés publics en temps de guerre et la transparence affectant directement la confiance des partenaires et le soutien à long terme.
  • Dans le même temps, l’Ukraine met en œuvre un pivot énergétique européen, en approfondissant son intégration à l’ENTSO-E et en développant des interconnexions qui renforcent la stabilité du système et l’intégration des marchés.
  • La guerre a accéléré une évolution vers la décentralisation et les énergies renouvelables, notamment la production distribuée et les microréseaux, redéfinissant l’expression « reconstruire en mieux » comme une stratégie de survie plutôt que comme une ambition d’après-guerre.
  • Pris ensemble, ces facteurs soulignent un point essentiel : l’avenir énergétique de l’Ukraine sera déterminé non seulement par ce qui survivra aux frappes russes, mais aussi par l’efficacité avec laquelle le pays réformera sa gouvernance tout en consolidant l’intégration européenne et un système résilient et décentralisé.

La sécurité énergétique de l’Ukraine est devenue l’un des enjeux centraux de la résilience du pays, au même titre que les négociations de paix internationales et les manœuvres géopolitiques. Les attaques russes régulières contre les infrastructures critiques, qui durent depuis quatre ans, ont créé une crise sans précédent sur les plans humanitaire, économique, nucléaire et de la corruption. Cet article examine la manière dont la question énergétique s’est transformée, passant d’un défi intérieur à un levier d’influence internationale et à un facteur déterminant de l’avenir de l’Ukraine dans le contexte de la guerre et de la reconstruction d’après-guerre.

Le système électrique ukrainien en première ligne

Le secteur énergétique ukrainien a subi des dommages sans équivalent depuis le début de l’invasion à grande échelle. Tout au long de 2024, les forces russes ont lancé plus de 400 frappes de drones et de missiles contre les infrastructures énergétiques. Les attaques qui ont débuté le 22 mars 2024 ont été particulièrement intenses : à la fin de l’année, la Russie avait mené 13 attaques combinées massives contre le système énergétique du pays, contre 11 attaques en 2022 et 5 en 2023.

La guerre a profondément modifié le secteur énergétique de l’Ukraine. Avant l’invasion à grande échelle de 2022, le mix électrique ukrainien reposait sur plusieurs sources clés : le nucléaire assurait environ 55 % de la production d’électricité, les centrales thermiques au charbon et au gaz (CT) environ 22,9 %, les centrales hydroélectriques (CHE) environ 9 %, et les sources d’énergie renouvelable (solaire et éolienne) environ 8 %. La puissance totale installée atteignait environ 55 GW, la demande de pointe hivernale s’élevant à 24-26 GW.

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Trois ans de guerre plus tard, cette structure a radicalement changé. À la suite d’attaques systématiques, la part du nucléaire a atteint 70 % de la production totale d’électricité en 2025, en raison de la destruction à grande échelle des autres sources. Toutes les centrales thermiques et hydroélectriques du pays ont été attaquées, ce qui a entraîné une perte temporaire d’environ 9 GW de capacité de production pour la seule année 2024. Les 15 CT ont été endommagées ou détruites, et leur part dans le mix énergétique est tombée à environ 5 %, contre 23,5 % en 2022. L’hydroélectricité a également beaucoup souffert, en particulier avec la destruction de la CHE de Kakhovka et les dégâts majeurs subis par la CHE du Dniepr. 

Une autre partie de la capacité de production a été perdue en raison de l’occupation. La CNZ (et ses 6 unités d’une puissance totale de 6 GW) est sous contrôle russe depuis mars 2022, et toutes ses unités sont à l’arrêt. Cela a pratiquement privé le système énergétique ukrainien de sa plus grande source d’énergie. En outre, une partie des centrales éoliennes et solaires reste dans les territoires temporairement occupés : plus des trois quarts des parcs éoliens d’avant-guerre ont été entièrement détruits ou capturés.

L’Agence internationale de l’énergie a prédit que la demande de pointe hivernale atteindrait 18,5 GW, en net contraste avec les 12 GW de l’été. Matthias Schmale, coordonnateur résident et coordonnateur humanitaire de l’ONU en Ukraine, a déclaré que les forces russes avaient détruit près de 65 % de la capacité de production électrique de l’Ukraine.

Malgré des prévisions sombres, le secteur énergétique a fait preuve d’une résilience inattendue. Le pays a traversé la saison de chauffage 2024-2025 sans coupures massives d’électricité grâce à des conditions météorologiques favorables, au fonctionnement stable des centrales nucléaires, au renforcement de la défense des installations énergétiques et au rétablissement rapide des capacités endommagées. Au premier semestre de 2024, les entreprises énergétiques ukrainiennes ont réparé 4 GW de capacités de centrales thermiques et hydroélectriques.

La situation s’est toutefois considérablement aggravée au second semestre de 2025. La Russie a intensifié ses attaques pendant les négociations mêmes de cessez-le-feu. Le 9 décembre 2025, la Fédération de Russie a lancé l’une des plus grandes frappes aériennes de la guerre, envoyant 704 UAV et missiles contre des villes et infrastructures ukrainiennes. L’attaque du 23 décembre, survenue en pleine négociation visant à mettre fin à la guerre, a impliqué 635 drones et 38 missiles, dont 587 drones et 34 missiles ont été abattus. Au moins trois personnes, dont un enfant de quatre ans, ont été tuées, et 13 régions ont été attaquées.

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À cet égard, la Mission de surveillance des droits de l’homme de l’ONU en Ukraine a documenté une forte augmentation des victimes civiles. De janvier à novembre 2025, des missiles russes et des UAV à longue portée ont tué 509 civils et en ont blessé 2462. Selon le Conseil de l’Europe, 2025 est devenue l’année la plus meurtrière pour les civils ukrainiens, avec 2514 morts et 12142 blessés. La pression énergétique s’est poursuivie en janvier 2026, lorsque quelque 200 000 habitants de Kyiv se sont retrouvés sans chauffage ni électricité après des frappes régulières, et que plus de 800 immeubles d’habitation ont été privés d’électricité. Le président Zelenskyi a déclaré que la situation est la plus difficile à Kyiv et dans la région de Kyiv, à Kharkiv et dans la région de Kharkiv, ainsi que dans les régions de Tchernihiv, Soumy, Dnipropetrovsk et Zaporijjia. Les travaux d’urgence se poursuivent quotidiennement, mais la situation est compliquée par de fortes gelées.

L’électricité comme coercition : pourquoi les frappes s’intensifient lorsque la diplomatie commence

La stratégie russe d’attaques systématiques contre les infrastructures énergétiques a pris une importance particulière lors des négociations de paix, qui ont commencé en 2025. Les attaques contre les installations énergétiques visaient à exercer une pression non seulement sur la population ukrainienne, mais aussi sur la position du pays à la table des négociations. Après l’attaque du 23 décembre, le président Zelenskyi a déclaré que « cette frappe russe envoie un signal extrêmement clair sur les priorités de la Russie » et a appelé les alliés occidentaux à accroître leur pression sur Moscou.

L’utilisation de l’énergie comme arme revêt plusieurs formes. Premièrement, la Russie cherche à briser l’esprit des Ukrainiens en les privant systématiquement de services essentiels. Deuxièmement, les attaques contre les infrastructures énergétiques créent une pression économique en entravant le fonctionnement des chaînes industrielles et logistiques. Troisièmement, démontrer la capacité de priver des millions de personnes de chauffage et d’électricité par des températures glaciales est censé souligner l’inutilité de la résistance ukrainienne et améliorer la position de la Russie à la table des négociations. Ces actions signalent à Kyiv et à ses alliés « le coût de la prolongation de la guerre ».

L’Ukraine a répondu par sa propre campagne de frappes aériennes contre le secteur énergétique russe, visant à désactiver le financement par la Russie de son effort de guerre. Les attaques contre des raffineries de pétrole, des installations de stockage et d’autres sites jusqu’à 1200 miles à l’intérieur du territoire russe ont contraint Moscou à réduire certaines livraisons à l’exportation et à instaurer un rationnement intérieur du carburant. Comme le soulignent les analystes, les conséquences à long terme des deux campagnes dépendront de la durée pendant laquelle chaque partie pourra soutenir ses attaques et de l’ampleur des dommages stratégiques qu’elle pourra infliger.

La centrale nucléaire de Zaporijjia, otage des tactiques de guerre et pion de négociation

Parallèlement à la campagne d’attaques contre le système énergétique, certaines installations critiques — principalement la centrale nucléaire de Zaporijjia — sont devenues un atout de négociation et une source de risques nucléaires. Dans le projet de plan de cessez-le-feu en 28 points qui aurait été convenu par les États-Unis et la Russie, l’un des points prévoyait le redémarrage de la CNZ sous la supervision de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), avec une répartition égale de l’électricité produite entre la Russie et l’Ukraine — 50:50. Bien que la contre-proposition européenne ait apporté des modifications rédactionnelles mineures à ce point, le concept lui-même montre comment les actifs énergétiques sont devenus un pion de négociation dans les pourparlers géopolitiques.

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L’occupation par la Russie de la centrale nucléaire de Zaporijjia — la plus grande d’Europe — a créé une situation sans précédent. Capturée par les forces russes le 4 mars 2022, lors de la bataille pour la ville d’Enerhodar, la CNZ est devenue la première centrale nucléaire pleinement opérationnelle de l’histoire à se trouver sous occupation militaire.

La CNZ compte six réacteurs d’une puissance installée totale de 6 GW, qui, avant la guerre, représentaient environ 20 % de l’approvisionnement total en électricité de l’Ukraine. Depuis septembre 2022, les six réacteurs sont dans divers états d’arrêt, mais la centrale nécessite toujours une alimentation électrique ininterrompue afin de maintenir les systèmes de refroidissement et d’empêcher la fusion des réacteurs — un processus qui pourrait provoquer une catastrophe nucléaire.

La CNZ a perdu l’accès à l’alimentation électrique externe 12 fois depuis février 2022. Lorsque l’alimentation externe est perdue, des générateurs diesel de secours sont activés pour fournir de l’électricité aux systèmes de refroidissement des réacteurs. En septembre 2025, la centrale a été sans électricité pendant quatre jours consécutifs, la plus longue période de coupure depuis le début de l’occupation. « Si ces générateurs de secours tombent en panne, une nouvelle perte de liquide de refroidissement pourrait provoquer une fusion du combustible », avertissent des experts.

L’AIEA maintient une présence permanente d’experts à la centrale afin de surveiller la sûreté, mais la situation reste critique. Le plus haut responsable ukrainien de la réglementation nucléaire a déclaré que l’absence de maintenance et de réparations pendant plus de deux ans d’occupation avait entraîné une « dégradation significative de la sûreté nucléaire et radiologique ainsi qu’une absence de capacité de réponse aux situations d’urgence ».

L’utilisation par la Russie de la CNZ est un phénomène entièrement nouveau dans l’histoire militaire. Jamais auparavant une centrale nucléaire n’avait été utilisée comme un « bouclier nucléaire » — pour protéger les troupes russes et les équipements militaires stationnés sur le site. En août 2022, des images vidéo ont montré des camions militaires russes et des véhicules blindés garés dans les bâtiments abritant les turbines.

Le président Zelenskyi a accusé la Russie de déployer des troupes à la centrale pour bombarder les villes de Nikopol et Marhanets, situées le long du réservoir de Kakhovka. Les deux parties s’accusent mutuellement de bombarder la centrale. Le 7 avril 2024, des frappes de drones contre la CNZ ont été confirmées, le directeur général de l’AIEA, Rafael Mariano Grossi, indiquant que les drones avaient touché plusieurs bâtiments.

Cette tactique crée un dilemme extrêmement difficile pour l’Ukraine et la communauté internationale : toute tentative de libérer la centrale par la force militaire risque de provoquer une catastrophe nucléaire, tandis que le maintien du statu quo permet à la Russie d’utiliser l’installation comme base militaire, avec une sécurité garantie contre les contre-attaques.

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Des frappes de drones et de missiles russes visent des villes et des infrastructures ukrainiennes tandis que les efforts diplomatiques pour mettre fin à la guerre restent dans l’impasse [Kristina Kormilitsyna/AFP]

Cependant, la proposition de mettre en service la centrale et de répartir l’énergie produite a suscité la controverse pour plusieurs raisons. Premièrement, elle légitime de fait le contrôle russe sur les actifs énergétiques ukrainiens. Deuxièmement, le démarrage des réacteurs au milieu d’une guerre qui se poursuit et l’absence d’une maintenance adéquate présentent d’énormes risques pour la sécurité. Troisièmement, l’accord de partage de l’électricité à 50:50 transforme le résultat d’une agression militaire en une simple transaction commerciale.

L’autorité nationale ukrainienne de régulation nucléaire a affirmé qu’elle n’autoriserait la reprise de la production d’électricité à la centrale nucléaire de Zaporijjia qu’après son retour sous contrôle ukrainien et la mise en œuvre d’un programme d’inspection approfondi afin de rétablir des conditions d’exploitation sûres. Toutefois, en réalité, l’avenir de la centrale nucléaire de Zaporijjia dépend des résultats de négociations plus larges visant à mettre fin à la guerre et à déterminer le statut des territoires occupés.

L’AIEA continue de déployer des efforts pour maintenir la sûreté de la centrale en temps de guerre. En octobre 2025, l’agence a rapporté que la Russie et l’Ukraine étaient convenues d’une zone spéciale de cessez-le-feu afin d’effectuer des réparations sur des lignes électriques endommagées menant à la centrale nucléaire de Zaporijjia. Toutefois, de tels accords locaux ne résolvent pas le problème fondamental : la centrale nucléaire de Zaporijjia reste otage de la guerre, créant une menace constante de catastrophe nucléaire pour toute la région.

La corruption au cœur du système électrique

En novembre 2025, le plus grand scandale de corruption de la présidence de Volodymyr Zelenskyi a éclaté. Le 10 novembre, le Bureau national anticorruption d’Ukraine (NABU) et le Parquet spécialisé anticorruption (SAP) ont mis au jour un système de détournement d’au moins 100 millions de dollars de l’entreprise publique Energoatom, qui exploite les centrales nucléaires ukrainiennes.

Au cœur du scandale se trouvait Tymur Mindich, homme d’affaires et copropriétaire de la société de production « Kvartal-95 », fondée par Zelenskyi. Le système, découvert après 15 mois d’enquête et plus de 1 000 heures d’écoutes téléphoniques, était simple et brutal : deux personnes chez Energoatom — Ihor Myroniuk et Dmytro Basov — contrôlaient tous les contrats de l’entreprise et exigeaient des pots-de-vin de 10 à 15 % des fournisseurs. Les fournisseurs qui refusaient de payer risquaient de ne pas être rémunérés pour les biens et services fournis, l’entreprise publique étant exemptée de l’obligation de rembourser ses dettes sous la loi martiale.

Le scandale a atteint les plus hautes sphères du gouvernement. Herman Halushchenko, qui a été ministre de l’Énergie de 2021 à juillet 2025 avant de devenir ministre de la Justice, a été suspendu de ses fonctions puis a démissionné. Sa successeure au ministère de l’Énergie, Svitlana Hrynchuk, a également démissionné après qu’il a été révélé qu’elle entretenait des liens personnels étroits avec M. Halushchenko et qu’Ihor Myroniuk l’avait auditionnée pour le poste de ministre. Le Parlement a approuvé leurs démissions le 19 novembre 2025.

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Herman Halushchenko, alors ministre de l’Énergie, prononce un discours dans la salle des séances de la Verkhovna Rada à Kyiv, en Ukraine, le 6 octobre 2023. (Andrii Nesterenko / Global Images Ukraine via Getty Images)

Pour l’Ukraine, qui cherche à devenir membre de l’UE, le scandale a eu un effet particulièrement dévastateur. Comme l’a noté le député Oleksandr Merezhko : « À l’intérieur du pays, ce scandale sera utilisé pour saper l’unité et la stabilité. À l’extérieur, nos ennemis l’utiliseront comme prétexte pour interrompre l’aide à l’Ukraine ». 

Le chancelier allemand Friedrich Merz, lors d’un entretien téléphonique avec le président Zelenskyi, a souligné les préoccupations des partenaires européens concernant la corruption et « a souligné les attentes du gouvernement allemand selon lesquelles l’Ukraine fera vigoureusement progresser la lutte contre la corruption et les réformes supplémentaires, en particulier dans le domaine de l’État de droit ».

Le fait que le système de corruption ait fonctionné à un moment où la Russie attaquait systématiquement les infrastructures énergétiques ukrainiennes était particulièrement préoccupant. Les écoutes téléphoniques ont enregistré des conversations sur l’arrêt de projets essentiels de protection des infrastructures — non pour des raisons techniques, mais en raison de différends sur le montant des pots-de-vin. Après la révélation de l’affaire, la Banque européenne pour la reconstruction et le développement a réexaminé sa coopération avec Energoatom en raison des risques réputationnels de l’entreprise.

Dans le même temps, il est important de considérer le scandale non seulement comme un échec, mais aussi comme la preuve du succès des réformes anticorruption en Ukraine. « Le point positif de cette affaire est que nous disposons d’organismes anticorruption efficaces et véritablement indépendants, qui ont obtenu des résultats concrets », a déclaré Merezhko. « Il s’avère que personne n’est au-dessus de la loi et que personne n’y échappe. » La capacité du NABU et du SAP à révéler le système au plus haut niveau du pouvoir, à perquisitionner les résidences de ministres et à inculper des proches associés du président démontre que les institutions anticorruption en Ukraine fonctionnent de manière indépendante, même sous la loi martiale.

De même, les événements de juillet 2025, lorsque le projet de loi no 12414, qui subordonnait le NABU et le SAP au procureur général, a été adopté par la Verkhovna Rada et signé par le président le même jour, ont déclenché des manifestations dans au moins 27 lieux. Elles ont duré une semaine, jusqu’à ce que la Verkhovna Rada adopte un nouveau projet de loi présenté par le président Zelenskyi, qui a rétabli l’indépendance du NABU et du SAP. Bien que ces manifestations aient été modestes — souvent moins de 100 participants — et principalement menées par des jeunes, elles comptent : elles démontrent la résilience de la société civile ukrainienne même en temps de guerre et confirment que l’intégration européenne reste une priorité de l’agenda public.

Connexion à l’Europe, véritables gains en matière de sécurité

Parallèlement aux défis posés par la guerre et les scandales de corruption, l’Ukraine a réalisé une percée historique dans l’intégration énergétique avec l’Europe. Littéralement quelques heures avant le début de l’invasion à grande échelle, le 24 février 2022, l’Ukraine s’est déconnectée de l’ancien réseau énergétique soviétique. Initialement prévue pour 2023, la synchronisation avec le réseau d’Europe continentale a été achevée en trois semaines, dans les conditions exceptionnelles du début de la guerre.

Le 1er janvier 2024, l’opérateur du système électrique ukrainien, Ukrenergo, est devenu le quarantième membre à part entière du Réseau européen des gestionnaires de réseaux de transport d’électricité (ENTSO-E). Cette adhésion a ouvert de nouvelles possibilités d’échanges d’électricité et d’investissements, tout en renforçant la sécurité énergétique.

L’importance pratique de l’intégration s’est reflétée dans l’augmentation de la capacité d’exportation. En octobre 2024, l’ENTSO-E a annoncé une hausse de la limite des exportations d’électricité vers l’Ukraine et la Moldavie, de 1 700 MW à 2 100 MW à compter du 1er décembre 2024. Depuis mars 2025, les opérateurs de réseau réexaminent chaque mois la capacité commerciale entre l’UE et l’Ukraine. Au deuxième trimestre de 2025, la capacité d’exportation d’électricité du bloc Ukraine-Moldavie vers l’UE a augmenté pour atteindre 650 MW (en hausse de 18 % par rapport à mars 2024), contribuant à stabiliser le réseau.

L’Ukraine établit activement des interconnexions avec les pays européens voisins. Des ingénieurs ukrainiens construisaient une nouvelle ligne de connexion avec la Pologne, même pendant les frappes de missiles russes. Des travaux similaires sont prévus avec la Roumanie et la Slovaquie, bien que les détails restent confidentiels pour des raisons de sécurité.

En février 2025, la Commission européenne a annoncé un paquet de soutien qui permettra l’intégration complète du marché ukrainien de l’électricité à celui de l’UE d’ici le début de 2027, avec la Moldavie. Le paquet prévoit d’accélérer les investissements dans les énergies renouvelables par l’ajout de jusqu’à 1,5 GW de capacité de production, ce qui représente une augmentation d’environ 25 % de la capacité totale d’énergies renouvelables en Ukraine.

Accélération de la transition verte : énergies renouvelables, microréseaux et « reconstruire en mieux » sous le feu

La guerre a paradoxalement accéléré la transition de l’Ukraine vers les énergies renouvelables. S’il existe un pays où le concept de « reconstruire en mieux » s’applique au système énergétique, c’est bien l’Ukraine. Le secteur énergétique du pays était fortement centralisé ; toutefois, après les attaques russes, l’Ukraine le reconstruit de manière décentralisée.

En juin 2024, le Cabinet des ministres de l’Ukraine a approuvé le Plan national pour l’énergie et le climat (PNEC) pour 2025-2030, dont les besoins d’investissement sont estimés entre 41,5 et 50 milliards de dollars. Le plan vise à porter la part des énergies renouvelables à 27 % de la consommation finale d’énergie d’ici 2030, contre 10 % aujourd’hui. Le PNEC prévoit l’ajout d’environ 10 GW de nouvelles capacités d’énergies renouvelables et la réduction des émissions de gaz à effet de serre de 65 % par rapport aux niveaux de 1990 d’ici 2030.

Pour soutenir la transition verte, le gouvernement ukrainien a instauré des incitations fiscales pour les investissements dans les énergies renouvelables. Depuis le 27 juillet 2024, des lois ont été adoptées pour exonérer de droits d’importation et de TVA certains équipements de production d’énergie, notamment les panneaux photovoltaïques, les batteries lithium-ion, les onduleurs et des composants spécifiques pour les éoliennes. Ces exonérations sont valables pendant toute la période de la loi martiale, mais doivent expirer le 1er janvier 2026.

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Photo de Karsten Würth sur Unsplash

L’Ukraine s’est concentrée sur des projets d’énergie solaire décentralisée comme réponse stratégique à la guerre. Le ministère ukrainien de l’Énergie a présenté des plans visant à développer des pôles d’énergies renouvelables, en particulier dans les régions occidentales du pays. Ces pôles, souvent sous la forme de microréseaux solaires intégrant du stockage par batteries, seront essentiels pour renforcer la sécurité énergétique du pays en réduisant la dépendance au réseau centralisé.

Au niveau international, l’UE a identifié le soutien au secteur énergétique ukrainien comme une priorité. Le Fonds de soutien à l’énergie de l’Ukraine, géré par la Communauté de l’énergie en coopération avec la Commission européenne et le ministère de l’Énergie de l’Ukraine, a reçu plus de 1,28 milliard d’euros d’engagements en septembre 2025, dont 1,25 milliard d’euros ont déjà été décaissés. Le Fonds soutient des projets d’hivernisation, de production distribuée et de déploiement des énergies renouvelables.

En juillet 2025, la Banque européenne d’investissement (BEI) et le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) ont annoncé un important nouveau partenariat visant à renforcer la résilience du secteur énergétique ukrainien et à accélérer la transition vers les sources d’énergie renouvelables. Le programme est soutenu par une contribution de 20 millions d’euros du gouvernement allemand et financera des projets d’énergies renouvelables dans les municipalités ukrainiennes.

Les experts voient le potentiel de l’Ukraine pour devenir un pôle d’énergie verte pour l’Europe. Selon le président de DTEK, la plus grande entreprise énergétique privée d’Ukraine, le pays dispose de l’espace, des compétences, d’un cadre favorable et des conditions météorologiques nécessaires pour produire près de 19 000 TWh d’énergie solaire et éolienne par an — soit sept fois plus que la demande actuelle de l’Europe. L’Ukraine participe à plusieurs projets d’hydrogène vert lancés par des États membres de l’UE, tels que le Corridor de l’hydrogène d’Europe centrale (CEHC), qui prévoit des exportations vers la Slovaquie, la Tchéquie et l’Allemagne d’ici 2030.

Conclusion : vulnérabilité et possibilités

Le secteur énergétique ukrainien se trouve à la croisée de défis cruciaux et d’occasions historiques. Les attaques russes systématiques ont détruit une part importante des capacités de production, les scandales de corruption ont érodé la confiance des partenaires internationaux et les besoins en infrastructures sont énormes. Dans le même temps, la guerre a accéléré des processus qui auraient normalement pris des années : l’intégration au réseau électrique européen, la transition vers les sources renouvelables et la décentralisation de la production.

Le scandale de corruption chez Energoatom a révélé de profonds problèmes systémiques dans la gouvernance d’entreprise des sociétés d’État ainsi que la nécessité de véritables réformes anticorruption, plutôt que de réformes de façade. Le fait que ce mécanisme ait opéré en temps de guerre, alors que chaque dollar d’aide internationale était crucial, a été particulièrement préjudiciable à la confiance des partenaires. La réaction des dirigeants européens a clairement indiqué que la poursuite du soutien était directement liée aux progrès réalisés dans la lutte contre la corruption.

L’approfondissement de l’intégration énergétique avec l’UE et une transition verte accélérée créent les bases de la sécurité énergétique et de l’indépendance à long terme de l’Ukraine. L’augmentation des capacités d’exportation, la construction d’interconnexions et les investissements dans les énergies renouvelables contribuent non seulement à survivre à la guerre, mais jettent également les fondations du futur rôle de l’Ukraine en tant que fournisseur potentiel d’énergie propre à l’Europe.

Le succès de la transformation énergétique de l’Ukraine dépendra de la combinaison de la modernisation technique et des réformes institutionnelles, de la transparence dans l’utilisation de l’aide internationale et du maintien de la confiance des partenaires malgré les crises politiques internes. Dans le contexte de la guerre, l’indépendance énergétique est devenue non seulement une question technique de capacités de production, mais aussi une question de gouvernance, de confiance et de volonté politique de mener des changements systémiques.


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Ce texte a été traduit automatiquement à partir de l'original anglais, qui reste accessible en passant le site en anglais.