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L’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie a forcé de nombreux pays dans le monde à choisir un camp et à réévaluer leurs priorités stratégiques en matière de politique étrangère. Dans le même temps, de nombreux États tentent d’adopter une position neutre, sans soutenir explicitement l’une ou l’autre partie. Israël soutient officiellement l’intégrité territoriale de l’Ukraine. Cependant, il coopère activement avec la Russie et ne fournit pas l’équipement militaire demandé par les responsables ukrainiens. Une telle politique crée des tensions entre l’Ukraine, Israël et leurs partenaires occidentaux communs, et entraîne une détérioration progressive des relations entre les États.
Dans cet article, nous analysons la position adoptée par Israël à l’égard de la guerre contre l’Ukraine et les raisons pour lesquelles les relations avec la Russie sont si importantes stratégiquement pour Israël.
Depuis la déclaration d’indépendance de l’Ukraine, les relations entre les États se sont principalement construites autour des domaines commercial et culturel.
Dans les années 1990, lors de l’Aliyah post-soviétique, un grand nombre de Juifs ont quitté l’Ukraine pour Israël. Ils sont aujourd’hui environ 500 mille, dont 35 mille Ukrainiens de souche.
La ville ukrainienne d’Ouman abrite la tombe de la célèbre figure religieuse juive Nahman de Bratslav. Des milliers de hassidim de Bratslav, adeptes des enseignements de Nahman, se rendent chaque année à Ouman sur sa tombe à Roch Hachana (le Nouvel An juif).
Bien que la tendance principale des relations ukraino-israéliennes ait toujours été positive, elles ont connu plusieurs périodes de détérioration. La principale concernait la politique ukrainienne d’hommage aux membres des mouvements nationalistes ukrainiens antisoviétiques, tels que l’Organisation des nationalistes ukrainiens et l’Armée insurrectionnelle ukrainienne. Cette politique a débuté sous la présidence de Viktor Iouchtchenko (2005-2010). Le gouvernement israélien a protesté contre cette politique, invoquant les opinions antisémites de certains membres des organisations nationalistes ukrainiennes et leur participation éventuelle à des crimes contre les Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. Bien que l’OUN et l’UIA n’aient pas été condamnées lors des procès de Nuremberg comme collaboratrices nazies, cette question reste controversée dans les relations contemporaines entre les États.
Parallèlement, de solides relations israélo-russes se sont développées. Plusieurs facteurs ont contribué à ce processus, notamment le grand nombre de rapatriés et la perception traditionnelle de la Russie comme héritière culturelle de l’URSS. Les abondantes ressources naturelles de la Russie ont consolidé ces relations : en 2022, les combustibles minéraux, le fer et l’acier constituaient les principaux produits importés de Russie par Israël. De plus, l’influence russe au Moyen-Orient, en particulier sa coopération avec les États arabes, autrefois partenaires soviétiques, a fait de la Russie un partenaire précieux.
Ainsi, depuis 1991, Israël a cultivé avec succès ses relations tant avec l’Ukraine qu’avec la Russie. Cependant, en raison de l’influence géopolitique plus grande de la Russie, les liens entre Israël et la Russie se sont considérablement renforcés, éclipsant les relations du premier avec l’Ukraine. En outre, en raison de l’influence russe au Moyen-Orient, le maintien de bonnes relations avec la Fédération est devenu une priorité stratégique pour Israël.
Les 12 années de Netanyahou au poste de Premier ministre, de 2009 à 2021, ont été la période du rapprochement le plus marqué entre Israël et la Russie dans l’histoire des relations entre ces États. Le Premier ministre israélien a déclaré à plusieurs reprises qu’il existait une « relation spéciale » entre lui et Poutine.
Il s’est rendu en Russie à 17 reprises, un nombre sans précédent. Au cours de cette période, il n’a effectué davantage de visites que vers les États-Unis. En 2018, le Premier ministre israélien a même participé aux célébrations du Jour de la Victoire sur la place Rouge. Netanyahou a marché dans le défilé du Régiment immortel aux côtés du président russe Poutine et du président serbe Vučić.

De telles démarches de la part d’Israël s’expliquent par la présence croissante de la Fédération de Russie au Moyen-Orient. Surtout après le début de la guerre civile en Syrie en 2011 et l’intervention russe en 2015, qui a donné à cette dernière l’occasion de s’implanter dans la région et d’influencer directement les parties au conflit. Comme l’aviation et les forces de défense aérienne russes étaient alors déployées en Syrie, il était essentiel pour Israël de parvenir à un accord avec Poutine sur l’accès à ses propres ennemis, tels que le Hezbollah soutenu par l’Iran. Par conséquent, les principaux sujets des rencontres entre Netanyahou et Poutine étaient généralement soit la guerre en Syrie, soit le programme nucléaire iranien.
Le désir de Netanyahou d’attirer davantage de rapatriés des pays post-soviétiques de son côté a été un autre facteur ayant contribué au rapprochement israélo-russe rapide. Environ 15 % de la population israélienne est composée de citoyens russophones. Ceux-ci, particulièrement la génération plus âgée, préfèrent voter aux élections pour des partis de droite, dont le Likoud de Netanyahou.
Cependant, les recherches montrent que les Israéliens russophones ressentent généralement un manque de représentation au sein du gouvernement. Ils tendent donc à voter pour des partis visant à représenter spécifiquement la population russophone d’Israël. Par exemple, lors des élections de 2019, 40,2 % des voix des rapatriés de l’espace post-soviétique se sont portées sur le parti Israël Beiteinou. Son chef est Avigdor Lieberman, originaire de Chișinău. Lors de ces élections, le Likoud de Netanyahou a obtenu 26,7 % des voix du même groupe social.
Ainsi, en menant un rapprochement culturel avec la Russie, Netanyahou a tenté d’exploiter le sentiment de double identification nationale des Israéliens originaires des États post-soviétiques. D’une part, il cherchait à obtenir davantage de soutien auprès des électeurs russophones et, d’autre part, à créer une plateforme d’interaction avec les forces politiques ciblant les électeurs russophones.

L’un des exemples les plus frappants de coopération culturelle avec la Fédération de Russie a été le transfert de l’Enceinte russe à la propriété du gouvernement de la Fédération de Russie en 2019. L’Enceinte russe est un important sanctuaire orthodoxe construit en 1890 par la Société impériale orthodoxe de Palestine. Aujourd’hui, la propriété de ce sanctuaire est disputée entre le gouvernement russe et la Société impériale orthodoxe de Palestine, qui est en exil depuis la révolution de 1917 et a contrôlé ce bien culturel durant toutes ces années. En 2019, le gouvernement israélien a décidé d’en transférer la propriété au gouvernement russe. Cette action n’a d’abord pas été annoncée publiquement et n’a été publiée dans les médias qu’a posteriori. Cependant, des problèmes juridiques ont jusqu’à présent empêché le gouvernement russe d’en prendre possession, et le différend se poursuit.
Dès le début de l’agression russe contre l’Ukraine, Israël a adopté une position neutre dans le conflit. Le représentant d’Israël était absent lors du vote de l’Assemblée générale de l’ONU sur la résolution en faveur de l’intégrité territoriale de l’Ukraine, le 27 mars 2014. Cette résolution est devenue le premier document international condamnant la violation par la Russie de l’intégrité territoriale de l’Ukraine.
Cette position réservée s’est poursuivie avec la guerre qui s’est déroulée dans l’est de l’Ukraine, après l’annexion par la Russie de la péninsule de Crimée. Israël s’est limité à des déclarations sur la nécessité de négociations et d’un règlement diplomatique du conflit. En outre, le pays n’a pas rejoint les sanctions contre la Russie. Il est devenu un refuge sûr pour les oligarques russes qui cherchaient à les sauver des restrictions occidentales. En 2018, le ministre de la Défense Avigdor Lieberman a même plaidé pour que Moscou adopte une position plus pro-israélienne sur la Syrie et l’Iran, en rappelant qu’Israël n’avait pas rejoint les sanctions antirusses.
Par la suite, Israël a voté à plusieurs reprises en faveur de résolutions condamnant la Russie, et certains responsables israéliens se sont exprimés en soutien à l’Ukraine.
Néanmoins, les échelons supérieurs de la classe politique israélienne, en particulier le Premier ministre, ne se sont jamais prononcés pour condamner l’invasion et l’occupation russes. Israël a continué d’adopter la position neutre maximale possible : la non-reconnaissance de la modification des frontières d’un État souverain, ainsi que la non-intervention dans le conflit, constituaient les signes de condamnation les plus forts que l’on pouvait observer dans les déclarations.
Après le déclenchement d’une guerre à grande échelle en Ukraine, le gouvernement israélien tente toujours de maintenir sa politique de neutralité de longue date dans le conflit russo-ukrainien. Cependant, cela devient de plus en plus difficile avec le temps.
Le jour où l’invasion a commencé, le 24 février, le ministre des Affaires étrangères Yaïr Lapid a condamné les actions de la Russie. Le Premier ministre Naftali Bennett a seulement promis de fournir une aide humanitaire à l’Ukraine et a déclaré : « Nos cœurs sont avec les civils de l’est de l’Ukraine qui se sont retrouvés pris dans cette situation. » Lorsque, en juillet 2022, Yaïr Lapid est devenu Premier ministre pour six mois, il a modifié sa rhétorique à l’égard de la Fédération de Russie pour l’adopter sous une forme plus modérée. La pratique de la neutralité du Premier ministre s’est répétée. Les hommes politiques israéliens peuvent condamner les actions de la Russie, tandis que le chef du gouvernement reste publiquement neutre.

Une fois de plus, Israël n’a pas rejoint les sanctions économiques contre la Russie, en se référant à la législation locale qui ne permet pas l’imposition de sanctions unilatérales contre un État quelconque. De plus, Israël est devenu un refuge sûr pour les « réfugiés russes », de puissants Russes qui ne veulent pas être associés au régime de Poutine. Même s’ils ont activement collaboré avec lui avant la guerre ou continuent encore de le faire.
Dans le même temps, depuis le début de l’invasion à grande échelle, Israël a continué à fournir à l’Ukraine une grande quantité d’aide humanitaire. Celle-ci comprend des médicaments, du matériel et des équipements médicaux, un hôpital de campagne, des équipements de protection militaire, des générateurs électriques, de la nourriture et de l’eau potable.
Depuis le début de l’invasion à grande échelle, le gouvernement ukrainien a demandé à plusieurs reprises à Israël de fournir des armes, principalement les systèmes de défense aérienne Dôme de fer.
Au départ, le gouvernement israélien a tenté de se limiter à l’aide humanitaire. Néanmoins, le 17 novembre 2022 (le 9e mois de la guerre), sous la pression des États-Unis, renforcée par les attaques russes massives contre les infrastructures énergétiques ukrainiennes, Israël a levé la restriction concernant la fourniture par des États tiers d’armes comportant des composants israéliens. En mai 2023, des informations sont également apparues sur la fourniture à l’Ukraine de 16 radars israéliens destinés à détecter des cibles aériennes. Les fonds nécessaires à l’achat des radars ont été collectés en Lituanie.
Cependant, aucune preuve officielle ne montre qu’Israël a fourni des armes létales à l’Ukraine. En septembre 2022, le président Zelensky a déclaré : « Je suis choqué et je ne comprends pas [cela]. Israël ne nous a rien donné, rien, zéro… »

À plusieurs reprises, les médias ont fait circuler des rumeurs selon lesquelles le gouvernement israélien envisageait la possibilité d’envoyer des armes à l’Ukraine, notamment par l’intermédiaire de pays tiers. Néanmoins, aucune de ces informations n’a été officiellement confirmée.
La dernière détérioration des relations entre Israël et l’Ukraine a eu lieu en juin 2023. Le Premier ministre Netanyahu a déclaré dans une interview qu’Israël ne souhaitait pas transférer ses armes à l’Ukraine.
Comme première raison, il a évoqué la nécessité de coopérer avec la Russie sur la question syrienne. Le prétendu consensus russo-israélien prévoit que la Russie n’empêche pas les frappes israéliennes contre les forces armées de son allié Bachar al-Assad et les groupes mandataires iraniens.
Comme seconde raison, il a évoqué la crainte que les armes israéliennes ne tombent entre les mains des Russes, puis de l’Iran et de la Syrie. Netanyahu a affirmé que les soldats israéliens faisaient déjà face, à leurs frontières, à des armes antichars occidentales fournies à l’Ukraine. Il n’a apporté aucune preuve à l’appui de ses propos.
En réponse aux accusations du Premier ministre, l’ambassade d’Ukraine en Israël a publié une déclaration critique concernant la voie choisie par le gouvernement israélien, celle d’une coopération étroite avec la Russie et d’une position prorusse.
Tentant de maintenir un équilibre entre les différents camps dans la guerre russe contre l’Ukraine, le gouvernement Netanyahu (tout comme le gouvernement Bennett-Lapid) s’est retrouvé dans une situation difficile.
D’une part, il tente de maintenir des relations amicales avec Moscou afin de garantir sa liberté d’action contre les partenaires russes que sont la Syrie et l’Iran (y compris les forces mandataires soutenues par l’Iran).
D’autre part, la pression exercée par les partenaires occidentaux d’Israël s’accroît. Les États-Unis, principal allié et donateur d’Israël, sont de plus en plus insatisfaits de ses actions. Washington s’inquiète de l’arrivée au pouvoir d’un gouvernement qualifié de plus à droite de l’histoire du pays. Il comprend des ministres connus pour leurs opinions chauvines et qui ont déjà été tenus responsables d’extrémisme. Cette situation attire encore davantage l’attention parce que la Maison-Blanche et le Congrès sont contrôlés par les démocrates, traditionnellement plus critiques à l’égard d’Israël.

De plus, les États-Unis font pression sur Israël afin qu’il adopte une position plus active concernant la guerre en Ukraine. Ainsi, la levée de l’embargo sur la fourniture à l’Ukraine d’armes contenant des composants israéliens a probablement été décidée sous la pression des États-Unis. Washington, devenu le principal fournisseur d’équipements militaires à l’Ukraine, tente d’encourager d’autres États à augmenter leurs livraisons afin de réduire sa propre charge. À long terme, la poursuite des désaccords entre Israël et les États-Unis menace d’entraîner une diminution de l’aide militaire américaine à cet État. Des voix appelant à réduire l’aide à Israël s’élèvent des deux bords de la politique américaine : le caucus progressiste du Parti démocrate et les républicains de droite.
Cependant, le statu quo fragile d’Israël est également menacé par le renforcement des liens entre Moscou et Téhéran. Les informations concernant une possible coopération entre la Fédération de Russie et l’Iran dans le domaine de l’énergie nucléaire sont particulièrement préoccupantes. Les données les plus récentes affirment que l’Iran a atteint un niveau d’enrichissement de l’uranium supérieur à 80 %, ce qui est dangereusement proche des 90 % d’enrichissement nécessaires pour créer une arme nucléaire. Si l’Iran s’approche de ce seuil, Israël pourrait recourir à la prétendue doctrine Begin. Celle-ci stipule qu’Israël ne peut permettre à ses ennemis de mettre la main sur des armes de destruction massive. La doctrine Begin a été appliquée deux fois, en 1981 et en 2007. Des avions israéliens ont alors détruit des réacteurs nucléaires en Irak et en Syrie, respectivement.
Le gouvernement israélien ne voit aucun moyen de mettre fin à la coopération russo-iranienne en adoptant une position plus pro-ukrainienne. Il prévoit donc de continuer à s’en tenir au statu quo : partenariat avec Moscou et opérations militaires contre ses partenaires. Le seul acteur susceptible de contribuer à modifier cette politique pourrait être les États-Unis. Toutefois, malgré toutes les contradictions entre eux, étant donné qu’Israël reste le principal allié des États-Unis au Moyen-Orient et l’important lobby pro-israélien présent dans la politique américaine, il est peu probable que des changements significatifs surviennent prochainement.
Depuis le début de l’agression russe contre l’Ukraine en 2014, Israël a maintenu une position de relative neutralité à l’égard du conflit. Avec le début de la guerre à grande échelle, le gouvernement israélien a conservé cette position. La nécessité de préserver sa relation de coopération avec la Russie a empêché le gouvernement israélien de fournir des armes à l’Ukraine, ne laissant de place qu’à l’aide humanitaire et à l’exportation de systèmes radar. Compte tenu de la présence militaire substantielle de la Russie en Syrie et de son alliance étroite avec l’Iran, elle demeure un acteur clé qu’Israël doit prendre soigneusement en considération. Au cours de la dernière décennie, l’établissement de relations positives solides avec la Russie a constitué l’un des domaines les plus importants de la politique étrangère de Netanyahu.
D’autre part, les partenaires occidentaux d’Israël, avant tout son principal allié stratégique, les États-Unis, sont mécontents de telles actions. Ils font pression sur Israël et l’encouragent à adopter une position plus ferme. Cette politique a produit certains résultats, tels que la levée de l’embargo sur la fourniture d’armes contenant des composants israéliens et la fourniture de radars aériens à l’Ukraine.
Cependant, les intérêts d’Israël à maintenir une position neutre restent impérieux, et il est peu probable que la politique israélienne concernant la guerre contre l’Ukraine change dans un avenir proche.
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Ce texte a été traduit automatiquement à partir de l'original anglais, qui reste accessible en passant le site en anglais.