Opinion : comment l’Ukraine façonne la position de la Chine à l’égard de la Russie

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Par Maksym Skrypchenko
18 mars 2023

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Alors que la guerre russo-ukrainienne continue de se dérouler, la relation entre la Chine et la Russie fait l’objet d’un examen attentif. Malgré leur partenariat apparent, des signes indiquent que la Chine entretient une ambiguïté stratégique dans ses relations avec la Russie.
 
Depuis des années, la Chine et la Russie sont présentées comme des partenaires proches. Pourtant, les événements récents en Ukraine ont révélé des fissures dans leur relation. Un exemple frappant est la décision de la Russie de déployer des armes nucléaires tactiques au Bélarus, peu après être convenue avec la Chine qu’aucun pays ne devrait déployer d’armes nucléaires à l’étranger. Cette décision soulève des questions sur l’attachement de la Russie à ses accords avec la Chine et sur la capacité de celle-ci à faire confiance à son voisin imprévisible.

La récente rencontre à Moscou entre Poutine et le ministre chinois de la Défense Li Shangfu met en lumière les options diplomatiques limitées du président russe, dont le statut international a été compromis par l’invasion de l’Ukraine. En rencontrant Li, Poutine cherche à montrer qu’il conserve des contacts de haut niveau, malgré les critiques de la Chine concernant le déploiement d’armes nucléaires tactiques au Bélarus et son isolement vis-à-vis de nombreux dirigeants mondiaux.

Photo : Sputnik/Pavel Bednyakov/Pool

Étant donné que Li n’est pas l’homologue de Poutine, leur rencontre pourrait involontairement suggérer une supériorité perçue de la Chine et souligner l’asymétrie de la relation sino-russe. Alors que la Russie et la Chine se présentent comme des parties égales dans leur « partenariat sans limites », Poutine et les médias russes sont contraints de réaffirmer constamment leur collaboration pour sauver les apparences, alors même qu’ils peinent à s’assurer de véritables alliés.

La récente conversation téléphonique entre le président chinois Xi Jinping et le président ukrainien Volodymyr Zelenskyi, leur premier échange connu depuis l’invasion russe, marque un subtil changement dans la position de la Chine. L’engagement continu de la Chine auprès de l’Ukraine, notamment à un moment où celle-ci a fait preuve de ténacité et de résilience face à l’agression russe, montre que Pékin reconnaît la force grandissante de l’Ukraine. 

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Le contraste saisissant entre la victoire rapide annoncée et le conflit prolongé, qui a mis en évidence les limites militaires de la Russie, pourrait amener la Chine à réévaluer ses calculs stratégiques. La ferme position de Zelenskyi sur l’intégrité territoriale de l’Ukraine, conjuguée à l’accent mis par Xi sur le respect mutuel de la souveraineté, souligne que la Chine reconnaît la force morale de l’Ukraine, ce qui correspond au respect de Pékin pour la force et la stabilité. La nomination de Li Hui, diplomate chevronné ayant une connaissance intime de la Russie, comme envoyé en Ukraine montre le sérieux avec lequel la Chine entend se positionner comme médiatrice dans le conflit. Ce repositionnement stratégique indique que la Chine s’éloigne progressivement d’une approche centrée sur la Russie et est disposée à s’engager plus directement auprès de l’Ukraine. Ce faisant, elle démontre sa capacité à adapter sa politique étrangère à l’évolution du paysage géopolitique, marqué par la durée « inattendue » de la guerre russo-ukrainienne. À l’inverse, la relation entre la Chine et la Russie n’est pas exempte de complexités.

Li Hui, représentant spécial de la Chine pour les affaires eurasiatiques, se rendra en Ukraine et en Russie. Photo : Weibo

Tout d’abord, l’approche de la Chine à l’égard des mouvements séparatistes contraste fortement avec celle de la Russie. Alors que la Chine a toujours considéré Taïwan comme faisant partie de son territoire et traité les mouvements séparatistes avec hostilité, la Russie a activement soutenu et établi des « républiques » séparatistes dans des pays tels que la Moldavie, la Géorgie et l’Ukraine. Cette divergence de stratégies peut créer un malaise entre les deux nations, car la Chine peut considérer que les actions de la Russie sapent l’intégrité territoriale des États souverains, un principe auquel Pékin est attaché.

Historiquement, la Chine comme la Russie sont dirigées par des régimes autoritaires qui ambitionnent de faire de leurs pays respectifs des puissances mondiales de premier plan. Toutefois, leurs ambitions communes ne garantissent pas une relation harmonieuse. La concurrence pour l’influence et les ressources, ainsi que les divergences dans leurs objectifs stratégiques, pourraient déboucher sur une rivalité plutôt que sur un partenariat.

Bien que la Chine se soit abstenue de condamner ouvertement l’invasion de l’Ukraine par la Russie, sa position ambiguë suggère un effort calculé pour maintenir une position neutre. La neutralité de la Chine est, sans aucun doute, pro-russe. Cela laisse entendre qu’elle pourrait se montrer prudente à l’idée de s’aligner trop étroitement sur la Russie, compte tenu de ses actions agressives et du retour de bâton potentiel de la communauté internationale.

La couverture de la guerre par les médias chinois a également été particulièrement retenue en 2023, peut-être afin d’éviter d’antagoniser l’une ou l’autre partie. Cette approche prudente reflète la conscience qu’a le gouvernement chinois des risques potentiels associés à l’adoption d’une position ferme sur cette question.

Malgré l’apparence d’un partenariat solide, leurs stratégies et leurs objectifs diffèrent clairement. La position ambiguë de la Chine sur l’Ukraine, ainsi que son approche prudente de ses relations avec la Russie, révèlent la possibilité d’un fossé grandissant entre les deux puissances.

La neutralité apparente de la Chine dans la guerre russo-ukrainienne peut être motivée par de multiples facteurs, notamment des considérations économiques et le désir de maintenir des partenariats stratégiques. Alors que les États-Unis et leurs alliés imposent de strictes sanctions à la Russie, la Chine est parvenue à exploiter la situation à son avantage, en obtenant l’accès à des ressources énergétiques bon marché et en ouvrant de nouvelles possibilités commerciales.

L’un des moyens par lesquels la Chine tire parti de la situation est l’achat de carburant et de gaz bon marché à la Russie. Alors que les pays occidentaux imposent des sanctions aux exportations énergétiques russes, la Chine a considérablement augmenté ses importations de pétrole et de gaz naturel russes. En 2022, le commerce global entre la Chine et la Russie a enregistré une hausse de 30 % par rapport à l’année précédente. Cet essor des échanges a fait de la Chine le plus important partenaire commercial de la Russie, en particulier alors que les échanges de la Russie avec les pays occidentaux s’effondraient après son invasion de l’Ukraine.

Outre les ressources énergétiques, la Chine a développé ses capacités de production militaire et est désormais le quatrième exportateur d’armes au monde. Alors que les États-Unis accusent des entreprises chinoises de fournir un « soutien non létal » à la Russie, des experts estiment que Pékin pourrait également vendre secrètement des produits de haute technologie utilisables à des fins militaires, tels que des semi-conducteurs et des drones civils. En exploitant la zone grise entre applications civiles et militaires, la Chine peut continuer à soutenir l’effort militaire russe tout en conservant un déni plausible.
 
L’économie chinoise est sous pression depuis plusieurs années, tandis que le pays s’emploie continuellement à accroître ses capacités militaires afin de mener de futures opérations militaires contre Taïwan. En maintenant une position neutre face à l’invasion de l’Ukraine par la Russie, la Chine peut éviter de nouvelles sanctions des États-Unis et de leurs alliés tout en continuant de bénéficier de ses relations avec la Russie. Cette stratégie permet à la Chine de renforcer sa position sur la scène mondiale sans soutenir ouvertement les actions agressives de la Russie. D’une part, elle lui permet d’éviter des sanctions économiques pour avoir fourni à la Russie les équipements et armes dont elle a besoin. D’autre part, elle lui permet d’exploiter la vulnérabilité de la Russie et d’accéder à des ressources précieuses et à des débouchés commerciaux. Cette approche calculée illustre la vive conscience qu’a la Chine des implications géopolitiques de la guerre russo-ukrainienne et sa capacité à naviguer dans ce paysage complexe à son avantage.

Il est essentiel que les décideurs politiques et les experts reconnaissent les motivations économiques et stratégiques sous-jacentes à la position ambiguë de la Chine. Comprendre ces motivations sera indispensable pour anticiper les évolutions géopolitiques futures et formuler des réponses appropriées. L’Occident devrait réexaminer attentivement ses craintes concernant un soutien massif à l’Ukraine, car cela ne conduira pas nécessairement à pousser davantage la Russie dans la sphère d’influence de la Chine. 

La Chine se montre prudente face à la perspective de sanctions et consciente des risques liés à un alignement trop étroit sur la Russie. Les importantes pertes de guerre subies par la Russie en Ukraine pourraient conduire la Chine à réévaluer la puissance militaire russe, car son image d’invincibilité jusque-là propagée a été remise en cause par la réalité du terrain. En tant qu’acteur stratégique mondial, la Chine tend à s’aligner sur des nations qui font preuve de force et de stabilité.

En apportant un soutien massif à l’Ukraine, l’Occident peut démontrer sa détermination et son engagement à maintenir la sécurité mondiale, ce qui pourrait dissuader la Chine d’approfondir davantage ses liens avec la Russie.

Ce texte a été traduit automatiquement à partir de l’original anglais, qui reste accessible en passant le site en anglais.